Ouest France : Chez Gwilen, la vase devient un matériau écolo

L'initiative

Yann Santerre a grandi sur les rives de l'estuaire de la Vilaine. Il a vu de près le phénomène d'envasement qui touche le secteur, depuis la création du barrage d'Arzal. Le problème n'est évidemment pas propre au Morbihan. Il concerne aussi "tous les ports du monde, ces ouvrages étant conçus pour ralentir les courants et diminuer la houle. Donc, inévitablement, les particules en suspension ont le temps de venir se déposer au fond, et ça s'envase."

Un atelier à Brest

Autant de sédiments qu'il faut ensuite évacuer, mais pour en faire quoi ? "90 à 95% sont rejetés au large, ce qui perturbe les écosystèmes marins, du fait du caractère étouffant de l'argile qui compose la vase". La part restante de plus en plus élevée en raison d'une règlementation accrue, dort en décharge. "Il n'existe aujourd'hui aucune filière de revalorisation."

C'est là qu'intervient Yann Santerre. Cet architecte et ingénieur civil a imaginé utiliser ces vases encombrantes pour remédier à un autre problème environnemental, "la pollution engendrée par le secteur de la construction". En l'occurence la fabrication des matériaux traditionnels (brique, béton) "qui nécessite des cuissons à très hautes température et fait appel à des ressources finies".

Fondée début 2021, la société Gwilen (le nom breton de la Vilaine) entre aujourd'hui dans sa phase opérationnelle. Depuis l'été 2021, "un grand pas" a été franchi avec l'ouverture d'un atelier à Brest, ville choisie pour "son port et son écosystème dynamique", mais aussi plus symboliquement, "parce qu'elle a été reconstruite avec du béton".

Avec des coquilles d'huîtres

Le matériau fabriqué par Gwilen est conçu par "solidification des sédiments, pour le moment issus du port de Quiberon, selon un procédé inspiré de la diagenèse, le processus naturel de formation des roches sédimentaires, et sans cuisson faute température".

Encore artisanale, la production concerne aujourd'hui une gamme de produits pour l'aménagement intérieur et le design. Sur le site Ulule, il est possible de précommander des dessous de verre, lampes et plateaux, ces derniers étants conçus avec un terrazzo "100% marin" mêlant sédiments et coquilles de crustacés recyclées, grâce à un partenariat avec l'entreprise alréenne Friendly Frenchy. Des crédences en quatre teintes seront aussi bientôt disponibles.

Mais le duo - Yann Santerre a été rejoint par Mathieu Cabannes, également architecte et ingénieur - travaille déjà à la suite, avec l'aide d'un docteur en chimie : la production de matériaux pour le bâtiment à l'échelle industrielle.

Une usine pilote est espérée pour 2024, toujours à Brest, pour y construire carrelages et tomettes, briquettes pour façades ou encore pavés d'extérieur. Et peut-être, à terme, des blocs pour la construction permettant de remplacer les très populaires parpaings.

Site internet de Gwilen

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